Certains considèrent que le plus grand risque de la communication tiendrait peut-être à un statut évoquant une description célèbre de Blaise Pascal à propos dautre chose : "son centre est partout et sa circonférence nulle part", ce quen termes contemporains, on traduit par une inscription quasi automatique dans une perspective systémique dont le meilleur détournement ironique réside dans cette autre phrase : "tout est dans tout et réciproquement". Et même si le positionnement systémique est fécond, il a parfois du mal à être compris tant il se prête à des généralisations abusives. Nous verrons dans la suite comment y échapper et valoriser une option adaptée à notre société contemporaine mais parfois difficile à faire admettre.
Dans les entreprises où existe une direction du marketing (en petit nombre en France), on a cru que la fonction communication y serait rattachée. En fait, cest très rarement le cas, essentiellement en raison daspects systémiques assez faciles à comprendre. Dans son acception habituelle, le marketing traite de lexterne, tandis que la communication a également vocation à soccuper de linterne. Sauf à séparer ces deux composantes, il nest donc pas possible que la communication sinscrive au sein du marketing. Certains communicants vont jusquà affirmer que cest la communication qui absorbera le marketing tout simplement parce quelle est un niveau dintégration supérieur. Ils avancent que nest pas pour rien que les agences de publicité se sont transformées en agences conseil en communication, anticipant là le futur statut global de la communication (nous reviendrons sur cette question au chapitre 3).
Les années quatre-vingts ont vu la création du mécénat culturel ou artistique et du parrainage sportif, les années quatre-vingt-dix ont connu une extension vers les sphères de lhumanitaire et du social, la communication de crise sest développée, de même que la communication financière sans oublier le multimédia et linteractivité avec le développement hyper rapide des serveurs Web sur lInternet. Ce simple survol démontre la nécessité dun service qui imagine, impulse et coordonne toutes ses actions vers lexterne.
Cette vision déjà large et fortement évolutive est encore largement insuffisante car elle oublie le poids de la communication interne. On a cru aussi que cette dernière allait se rattacher aux services du personnel ou aux directions des ressources humaines et en devenir loutil ou le bras armé. Aujourdhui, la réponse est claire : linstrumentalisation de la communication na pas réussi : les ressources humaines ont dû assumer les plans de licenciements et les restructurations douloureuses, leur image sest trouvée ternie pour longtemps alors que la communication a su tirer son épingle du jeu parce que considérée comme non responsable.
Ainsi, en deux décennies, la communication dentreprise a acquis - au moins dans les grands groupes - une quasi reconnaissance de son rôle stratégique. Lorganigramme idéal suggère le rattachement à la direction générale, une intégration horizontale des activités de communication, une répartition décentralisée des fonctions et des tâches et la constitution dun bon réseau de collecte dinformations. Ce nest quainsi que la vocation systémique peut être assurée dans la cohérence tout en conservant une certaine distance avec le quotidien de lentreprise. À ce schéma théorique de base doit être adjoint le recours à des conseillers ("conseils" ou consultants) extérieurs pour traiter des questions sensibles ou de celles pour lesquelles un tiers médiateur est indispensable (comme en médecine où sauf cas très particuliers, le médecin ne se soigne pas lui même mais fait appel à un regard extérieur). Beaucoup de grandes entreprises se sont orientées vers des structurations proches de ce schéma général, chacune dentre elle ladaptant à son histoire et ses orientations générales. Dans les PME et dans les administrations, cette phase est encore lointaine, il sagit le plus souvent de créer - ou de redynamiser - un service communication généraliste, "tout venant" traitant de tâches opérationnelles et concrètes mais aussi susceptibles de donner des avis utiles en matière de choix de stratégies, sans oublier des études voire des petites recommandations. On aura reconnu un plan identique aux grands groupes mais avec une plus grande proximité des acteurs et un temps de réaction plus bref.
En conclusion, le positionnement de la communication va se confirmer pour le début du XXI e siècle. Aux professionnels de montrer quils méritent la place qui leur échoit.
Ce texte est extrait de mon ouvrage Les professions de la communication paru aux éditions Ellipses en 1999.
Pour la bonne compréhension du lecteur j'ai opéré quelques légères transformations.